
Difficulté à recevoir un compliment à Bordeaux : d'où vient la gêne ?

Renaud Borderie
Bordeaux · Bordeaux
Quand le « merci » reste coincé dans la gorge
On vous dit : « Quel beau travail » ou « Cette couleur vous va bien ». Vos joues chauffent, votre regard fuit, et la réponse sort toute seule : « Oh, ce n'est rien », « J'ai eu de la chance », « Vous êtes gentil ».
Si cette scène vous est familière, vous n'êtes pas seul. Dans notre cabinet à Bordeaux, nous rencontrons régulièrement des personnes qui se sentent mal à l'aise dès qu'on les valorise, parfois au point d'éviter les situations où cela pourrait arriver.
Les réactions les plus fréquentes
Certaines personnes décrivent, face à un compliment :
- l'envie de minimiser (« ce n'était pas grand-chose ») ;
- le réflexe de renvoyer le compliment aussitôt (« et vous, c'est encore mieux ») ;
- un doute sur les intentions de l'autre (« il veut quelque chose ») ;
- une gêne physique : chaleur, gorge serrée, envie de changer de sujet ;
- un malaise qui dure après l'échange, avec des pensées du type « il ne sait pas vraiment qui je suis ».
Ce que cette gêne peut révéler
Il n'existe pas d'explication unique, et nous ne cherchons pas à mettre une étiquette sur ce que vous vivez. Cette difficulté peut simplement raconter quelque chose de votre rapport à vous-même.
Certaines personnes y repèrent :
- une éducation à la modestie, où se mettre en avant paraissait déplacé ;
- un décalage entre l'image qu'elles ont d'elles et celle que leur renvoient les autres ;
- la crainte de décevoir ensuite, comme si un compliment créait une attente à tenir ;
- l'habitude de se montrer plus exigeantes avec elles-mêmes qu'avec n'importe qui d'autre.
Ces pistes sont des hypothèses, pas des certitudes. Y mettre des mots, seul ou accompagné, peut déjà aider à y voir plus clair.
Un exercice pour accueillir un compliment
Accueillir un compliment ne s'impose pas, et rien ne vous oblige à y croire tout de suite. Certaines personnes trouvent toutefois utile de s'entraîner à simplement le recevoir, sans le commenter ni le corriger.
L'exercice des trois temps
Vous pouvez l'essayer la prochaine fois qu'un compliment arrive, ou le répéter mentalement dès aujourd'hui.
- Marquez une pause (6 à 10 secondes). Inspirez par le nez pendant 4 secondes, puis expirez lentement par la bouche pendant 6 secondes. Cela laisse de la place avant de répondre.
- Repérez ce qui se passe en vous. Posez, si c'est possible, une main sur votre sternum. Nommez en silence une sensation : chaleur, tension, légèreté. Sans la juger.
- Répondez par une phrase courte, sans « mais ». Par exemple : « Merci, ça me touche » ou simplement « Merci ». Pas d'excuse, pas de minimisation.
Prolonger le matin ou le soir
Pendant 7 jours, vous pouvez consacrer 2 minutes chaque soir à votre carnet. Notez :
- le compliment reçu (ou, à défaut, un geste d'attention) ;
- votre première réaction ;
- ce que vous avez ressenti dans le corps ;
- ce que vous auriez aimé répondre.
Recevoir un compliment, ce n'est pas être d'accord avec lui : c'est accepter que l'autre ait le droit de voir quelque chose en vous.
Si l'exercice vous semble artificiel au début, c'est fréquent. Il se peut aussi qu'il fasse remonter des émotions inattendues, de l'agacement, de la tristesse, voire un malaise plus fort. Dans ce cas, mieux vaut ne pas insister seul : un professionnel qualifié peut vous aider à comprendre ce qui se joue, à votre rythme.
Cet exercice ne remplace pas un accompagnement. Il peut simplement vous donner un premier repère pour observer votre façon de réagir.
Quand consulter ?
Une gêne ponctuelle face à un compliment n'a rien d'inquiétant en soi. Elle peut devenir pesante quand elle s'installe et se répète.
Il peut être utile d'en parler à un professionnel si :
- vous évitez certaines situations (réunions, retours sur votre travail, moments de reconnaissance) pour ne pas être valorisé ;
- chaque compliment déclenche une petite voix critique qui dure des heures ;
- vous avez l'impression de ne jamais mériter ce qu'on vous dit, quoi que vous fassiez ;
- cette difficulté pèse sur vos relations, votre travail ou votre humeur ;
- vous vous sentez souvent seul avec ce ressenti, sans savoir comment l'expliquer.
À notre cabinet de Bordeaux, nous vous accueillons sans jugement et sans chercher à vous faire changer. Nous prenons le temps d'écouter votre histoire, de comprendre ce que les compliments éveillent chez vous, et de voir avec vous ce qui pourrait vous être utile.
Si vous éprouvez une détresse importante ou des idées sombres, parlez-en sans attendre à votre médecin traitant ou à un service d'urgence. Vous méritez d'être soutenu, y compris dans ce qui paraît « petit » aux yeux des autres.


