
Se juger trop sévèrement à Bordeaux : le juge intérieur

Renaud Borderie
Bordeaux · Bordeaux
Ce juge intérieur qui ne vous laisse aucun répit
Vous ratez une échéance de peu, oubliez un anniversaire ou répondez maladroitement à un collègue. Dans votre tête, une voix démarre : « Tu es nul. Tu ne fais jamais rien comme il faut. » La scène se rejoue parfois pendant des heures, voire des jours après les faits.
Ce que nous entendons souvent au cabinet, à Bordeaux : les personnes qui nous consultent se parlent avec une dureté qu'elles n'auraient jamais envers un ami. Face à un proche en difficulté, vous trouveriez des mots bienveillants. Face à vous-même, le verdict tombe sans appel.
Comment cela peut se manifester
- Une difficulté à accepter un compliment ou à se sentir légitime
- Un perfectionnisme qui épuise, avec l'impression que ce n'est jamais assez
- Des ruminations le soir sur ce qui aurait dû être dit ou fait
- Une comparaison constante avec les autres
- Une gêne à demander de l'aide ou à poser ses limites
D'où peut venir cette voix ?
Il n'existe pas de cause unique, et nous ne cherchons pas à plaquer une explication toute faite. Ce que l'on observe, c'est que de nombreuses personnes reconnaissent dans leur voix intérieure des phrases entendues autrefois : remarques d'un parent, d'un enseignant, moqueries, exigences élevées à l'école ou en famille.
Le monde du travail, la comparaison sur les réseaux sociaux ou des expériences de rejet peuvent aussi y contribuer. Chaque histoire reste singulière.
Certaines personnes décrivent cette voix comme une tentative de se protéger : se critiquer d'abord pour ne pas être blessé par la critique des autres. Ce qui a servi hier peut peser lourd aujourd'hui.
Un exercice de 4 minutes : le test de l'ami
Cet exercice vise à prendre un peu de recul sur le ton que vous employez avec vous-même. Certaines personnes trouvent qu'il peut contribuer à repérer la dureté d'une phrase, sans pour autant la combattre. Il ne remplace pas un accompagnement, mais il s'essaie dès ce soir.
Les étapes
- Posez-vous (30 secondes). Asseyez-vous, pieds à plat au sol. Faites trois respirations lentes : inspirez par le nez en comptant 4, expirez par la bouche en comptant 6.
- Écrivez la phrase exacte (1 minute). Notez mot pour mot ce que vous vous êtes dit après l'événement, par exemple « Je suis incapable ».
- Changez de destinataire (2 minutes). Imaginez qu'un ami proche vous confie cette même phrase à propos de lui-même. Écrivez 2 ou 3 phrases que vous lui répondriez.
- Relisez à voix basse (30 secondes). Lisez votre réponse trois fois, la main posée sur le haut de la poitrine si cela vous convient.
Pour que l'exercice reste doux
- Répétez-le une fois par jour pendant une semaine, sans chercher à vous noter sur votre réussite.
- Il est normal que les mots semblent artificiels au début. Il ne s'agit pas de vous convaincre, seulement d'entendre un autre ton.
- Remarquez simplement la différence entre ce que vous vous dites et ce que vous diriez à l'autre.
- Si l'exercice fait monter une émotion trop forte, arrêtez-vous et parlez-en à un professionnel.
Nous le proposons parfois comme point de départ en séance : il révèle souvent à quel moment la voix intérieure est la plus dure, et sur quels sujets. Ce repérage permet ensuite d'avancer à votre rythme.
Quand consulter ?
Se critiquer de temps en temps est humain. Il peut devenir utile d'en parler quand cette voix prend trop de place dans votre quotidien.
Vous vous reconnaissez peut-être dans l'une de ces situations :
- Vous vous reprochez des erreurs passées sans parvenir à tourner la page
- Vous n'osez plus essayer, de peur de ne pas être à la hauteur
- Vous avez le sentiment de devoir mériter votre place auprès des autres
- Cette dureté pèse sur votre sommeil, votre travail ou vos relations
- Vous avez déjà essayé de vous raisonner seul, sans que cela change grand-chose
Au cabinet, à Bordeaux, nous vous accueillons sans jugement. Nous prenons le temps d'écouter votre histoire et de comprendre comment cette voix s'est installée. Nous avançons ensuite à votre rythme, sans brusquer et sans promesse de résultat : chaque parcours est différent.
Si vous traversez une détresse importante ou si des pensées de vous faire du mal apparaissent, parlez-en sans attendre à votre médecin ou contactez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 h/24.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé qualifié.


